1e février - Paris pas cher
Devant l'Opéra Garnier, il y avait la queue. C'était une générale de La Dame aux camélias. Aux générales, on ne rentre que sur invitation. Il suffit d'attendre et de demander poliment. Les Parisiens ont toujours quelques invitations en trop, ou quelques amis en moins. La Dame aux camélias c'est un ballet. Un ballet c'est comme un récital de piano. Au début, on craint que ce soit long comme la vie d'un rat. A la fin, on en redemande. Pas très loin de moi, il y avait Elie Semoun. D'une baignoire à l'autre, les gens murmuraient "il est avec une danseuse..." Paris est un village, voire une salle de bains. Pendant l'entracte, deux jeunes spectatrices ont trouvé que les danseuses n'étaient "même pas synchrones". Dans ma baignoire, deux jeunes hommes ont critiqué la danseuse étoile because " she was not on the top". Moi je n'ai rien remarqué. Tout trouvé parfait. En plus au piano, mon préféré : Emmanuel Strosser. Un pianiste qui n'a rien d'un artiste. Sauf sa manière de jouer.
Au Palais Garnier, c'est Monumenta 2010 (4€). Boltanski y expose "Présences". Dans le public, une femme intimait à son mari qui voulait prendre une photo "d'attendre qu'il n'y ait personne devant". Personne. Plus loin, un autre disait " ça ne vaut pas la Shoah de Lanzmann". Lanzmann, lui, estime que Haenel ("Le rapport Karski") n'a pas le droit. Tout le monde veut personne. Moi j'ai bien rigolé. Parmi les tas d'habits, j'ai repéré le manteau en cuir de mes rêves. J'en ai trouvé un à l'identique à la friperie de la rue de la Verrerie (40€). Enfin au chaud.
Rue des Rosiers, se mettre dans la plus longue queue et attendre son tour. C'est, paraît-il, les meilleurs falafels de Paris (5€). Comme je n'en avais jamais mangé ni ailleurs ni avant, j'affirme que ceux-là sont effectivement bons et roboratifs.
A Beaubourg,
de préférence dégainer sa carte de chômeur (qu'elle serve à quelque chose) pour accéder à l'expo Soulages. Sinon, c'est 12€. Soulages est un gars intéressant. Il affirme aimer le silence.
Moi l'outre-silence.

Personnes avec des gens devant. Mais sans les battements de coeurs.
(© Catherine Mézan)
5 février- Vendredi au 6/10
François Morel remplace Stéphane Guillon : retrouver le plaisir d'écouter France Inter plus de cinq minutes. Pourvu que ça dure.
16 février- Touche étoile
Aux Assedic, il y a un guichet. Au guichet, deux agents d'accueil. Pour tous renseignements, ils vous orientent vers des cabines téléphoniques au fond de la salle. Là, la procédure est expliquée : touches 1, 2, 3, 4, 5 selon vos besoins, étoile si vous n'avez rien compris. Dans la cabine contiguë à la mienne, un homme parle très fort. Parfois même il crie. C'est étrange un homme qui s'énerve dans un téléphone. Le téléphone n'a pas l'air d'avoir mal.
Mon interlocutrice doit croire que c'est moi qui crie dans le combiné car elle a l'air, ou plutôt la voix, exaspérée. C'est vrai aussi que je ne sais pas trop quoi lui dire. Je passais par hasard. Je n'étais jamais venue aux Assedic. Je croyais que je pourrais rencontrer quelqu'un, discuter avec quelqu'un. La voix commence réellement à s'impatienter. Je l'abandonne, à regrets. J'aurais aimé qu'elle ait une intonation heureuse avant de raccrocher. Je m'éloigne des cabines, traverse la salle d'attente. Tous ces gens qui vont parler avec des téléphones, peut-être les insulter... Je sors. De respirer le bon air libre me fait penser à In the Air de Jason Reitman et avec le beau George Clooney. Dans le film, l'idée de génie d'une jeune ambitieuse est de licencier les gens par video-conférence. Qu'est-ce qu'on n'invente pas pour parler aux gens.
20 février - ça farte
Dans un hôtel huppé d’une station de ski du briançonnais, j’ai été invitée à boire un verre avec des amis. Au coin du feu, dans une ambiance familiale chic, la maîtresse des lieux, que tout le monde ici appelle par son prénom, est venue trinquer avec nous. Elle en a profité pour dégoiser longuement et amèrement sur la municipalité du village dont j’apprenais qu’il comptait à peine 350 ouailles. Elevées à la puissance de ce nombre, je ne vous dis pas les rancoeurs et les haines que cela engendre. J’ai cru qu’on allait y passer la nuit. Ma Suze étant achevée depuis longtemps et mes chaussons en bouclettes (fournis à l’entrée en échange de mes boots) commençant à m’humilier sérieusement, je peinais à croire que j’étais en vacances. Pour me distraire de cette conversation mondaine, je compulsais les tarifs de l’établissement : 130 € à 147 € la nuit. In petto, je bénis Dieu, et la crise, qu’il n’y ait plus eu de chambres libres dans ce bel établissement au moment où je m'étais mise en quête de trouver un refuge. Prétextant les chutes importantes de neige, je m’échappai enfin de cette conversation de salon qui dans le fond était pagnolesque mais malheureusement pas dans le style. Au dortoir de mon gîte, les djeuns avaient mis une sacrée pagaille. On s’est raconté notre journée : leurs descentes à snow, les miennes à luge. Pour aller manger, j’ai gardé mes boots.

En vacances, comme ailleurs, il y a toujours quelque chose qui cloche.
(© Catherine Mézan)