Archives 2008-2009

Les petits papiers 2010

Ce carnet n'est pas journalier. A peine mensuel. En fait, totalement aléatoire. Tout-à-fait discutable. Mais cela en vaut-il la peine ?

 

Les petits papiers
de Catherine Mézan

 

 

 

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  Vendredi 14 mai -Sur le pont

On aurait tord de croire que le proverbe "En mai, fait ce qu'il te plait" s'appliquât au temps qu'il fait dehors. Ou faudrait-il être un optimiste invétéré. Non, le dicton populaire tire ses fondements des usages des uns et des autres à composer leur planning en cette période. Ainsi, dans certains établissements scolaires, des professeurs font "le pont" du jeudi de l'Ascension au dimanche. C'est pratique, surtout quand les autres enfants de la fratrie eux ne bénéficient pas de ces mini-vacances. "C'est pour vaincre l'absentéisme du vendredi", affirme l'Inspection d'Académie qui distribue ses dérogations à la demande plutôt que de les appliquer en toute logique à l'ensemble des établissements scolaires. En contre-partie, les enseignants doivent rattraper. Et quand sinon un mercredi ? Aux enfants donc de renoncer à leurs activités extra-scolaires ce jour-là. Dans mon quotidien préféré, je lis que l'inspecteur d'académie n'y voit rien de choquant et affirme même : "Il y va du bon sens des parents de choisir entre six heures d'enseignement et une heure de judo." Je ne lui fais pas dire. Pour rien au monde, j'imposerai à ma fille de renoncer à son cours de judo. Pour une fois, elle est même allée au catchisme. En rentrant, elle m'a posé une colle : Pourquoi les gens qui ne croyent pas en Jésus, ne travaillent pas le jour de l'Ascension ? C'est le mystère de l'école laïque d'être plus ou moins laïque selon que le jour férié tombe un jeudi ou un dimanche, ai-je finalement répondu pour me dépêtrer. Et pour tenter de l'embrouiller à mon tour, je poursuivai avec le 8 mai "malheureusement pour les écoliers tombé un samedi cette année mais qui, de 1959 à 1981, n'était même plus férié sur une décision de Gaulle qui ne voulait pas fâcher les Allemands. Heureusement Mitterand, a rétabli les choses..."
Ma fille a écarquillé ses grands yeux verts. Alors, comme j'étais lancée, j'ai fini le mois. "Et bientôt, il y aura la Pentecôte. Là, pas de souci c'est toujours un lundi. Et si tu veux savoir ce que c'est que la Pentecôte, demande aux pâtissiers provençaux. Eux au moins, ils savent pourquoi ils ne font pas férié : ils préparent le Colombier ". Là ma fille a cligné d'un oeil, puis de l'autre. Mauvais signe.
"Et alors, pourquoi ton anniversaire n'est pas dans le calendrier ?" m'a-t-elle asséné. Mon anniversaire au calendrier ? Bonne idée. Déjà que je suis la reine des saintes (Catherine d'Alexandrie 25 novembre, Catherine de Bologne 9 mars, Catherine de Sienne 29 avril, Catherine de Suède 24 mars, Catherine de Gênes 15 septembre, Catherine de Ricci 13 février), alors pourquoi pas décréter le 5 mai jour férié ?

4 juin - Eloge du pied plat

pieds
Photo ©CPC

Par mes origines allemandes (qui doivent dater du temps des Invasions barbares), je suis tristement ponctuelle. Pour le vernissage de l’exposition Alechinsky, je suis arrivée à 18h05, l’heure indiquée sur le carton plus cinq minutes d'usage pour laisser à mes hôtes le temps de mettre une dernière touche à une toile. Dans la foule, de nombreux autres Barbares - 400 cents d’après les syndicats, 200 d’après la police et toujours aucune estimation de la part des journalistes - à battre le pavé de la semelle et du talon haut en attendant l’ouverture du sacro saint musée aixois. Assise sur le trottoir, j'ai commencé à compter les Louboutin. Cinq paires de semelles rouges plus tard et une heure après, élus et autres sommités ont daigné se présenter à la foule qui étrangement ne les a pas lynchés. Même quand, en rang serré pour continuer de nous barrer l’accès au musée, ils ont commencé à nous infliger la liste de remerciements et autres panégyriques de l’un et de l’autre et surtout d’eux-mêmes. Avec Alechinsky, leur gros soufflé est tombé à plat. Invité à s’exprimer, l’artiste a résumé la soirée à "une propagande pour les pieds plats", compatissant pour le sort de tous ceux atteints, comme lui, d'une telle pathologie.
Alors, tout le monde a pu entrer. Et piétiner devant le buffet en attendant de pouvoir approcher des œuvres qui elles, de toute évidence, n’ont pas été peintes avec les pieds aussi plats fussent-ils, mais "seulement" de la main gauche.

alechinsky
Cher Alech, je t'échange mes pieds creux sexy contre tes pieds plats,
ma main droite contre ta main gauche. Heureux ?

21 juin- Gris Bleus
En Lorraine, plus précisément en Moselle, quand on sèche les cours (ou le travail), on utilise une expression très imagée, et même très colorée, on dit : faire bleu. Ex : Aujourd'hui, j'ai décidé de faire le bureau buissonnier, je fais bleu. La plupart des Mosellans ont depuis longtemps oublié l'origine de cette expression. Si on leur dit que c'est très probablement une traduction de l'allemand "blau machen" (faire bleu) qui a exactement le même sens, ça les avance bien. Pourquoi bleu ? Grâce à la Coupe du monde de foot 2010, maintenant ils savent. Faire bleu, c'est pourtant simple, c'est faire Bleus. Un extra pour la route : l'expresion allemande "blau sein" veut dire être ivre et se traduirait en français par être gris. C'est peut-être ça la solution : dégriser les bleus.