Archives 2008-2009-2010

Les petits papiers 2011

Ce carnet n'est pas journalier. A peine mensuel. En fait, totalement aléatoire. Tout-à-fait discutable. Mais cela en vaut-il la peine ?

 

Les petits papiers
de Catherine Mézan

 

 

 

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 Sept 2010- Houellebecq parle de moi (aussi)

Interrogée dernièrement sur mon auteur contemporain préféré, je suis restée un instant décontenancée. Pour ne pas dire gênée. Question intime à laquelle je n'avais pas vraiment envie de répondre. J'avoue, je suis une lectrice infidèle. Qu'un auteur me plaise, pour autant je ne lirai pas son oeuvre. Trop peur d'être une fois, une seule fois, déçue. Ou à jamais submergée par tant de talent. Je pensais m'en sortir avec un sourire niais, mais mon cerveau, ce cabotin, s'était déjà mis en quête d'une réponse brillante, à tout le moins courtoise. Pendant un temps qui m'a paru infiniment long, j'ai eu l'impression de le voir scanner son hémisphère droit puis le gauche. C'était angoissant et excitant comme un jeu de roulette. Je me demandais si la boule allait s'arrêter. Le numéro "Houellebecq" a fini par sortir. J'ai pensé que c'était bien trouvé. Suffisamment dans l'air du temps pour satisfaire mon interlocuteur, en accord parfait avec la critique pour une fois unanime et, même, en accord parfait avec moi-même, pourtant rarement unanime avec la critique.
Oui, j'aime Houellebecq. J'aime les scientifiques en général ; ils me rassurent. Et quand Houellebecq dit, citant Lovecraft : « (...) je ne suis nulle part à ma place », je crois qu'il parle de moi. N'est-ce pas le propre d'un grand écrivain de nous faire croire qu'il nous parle de nous ? D'ailleurs, Houellebecq et moi, nous avons un autre point commun : notre prénom. Certes, il ne vient à personne l'idée de nous appeler Michel(e). C'est ainsi la célébrité. Bon, Michou, à l'occasion tu m'envoies ton dernier bouquin ? Bisous.

12 octobre - Retraitement des déchets

Puisque tout le monde descendait dans la rue, j'ai décidé d'y aller aussi. Entre les poubelles qui brûlaient, j'ai vu et entendu des jeunes qui braillaient, des vieux qui se lamentaient, des vieux qui braillaient, des jeunes qui se lamentaient... Des vieux, des jeunes, des vieux. Des vieux. Des vieux. La chienlit m'avait-elle donné le tournis ? Ou les flammes un coup de berlue ?
J'ai hésité. De quoi allais-je me plaindre, moi éternellement jeune... . De la retraite que je n'aurai pas ? J'espère bien que je n'en aurai pas. Je laisse ça aux jeunes dont l'idéal est de devenir vieux. Retraités. Retirés de la circulation. Re-traités. Comme les déchets. Non pas comme ceux qui brûlaient dans les poubelles renversées. Les autres, sagement triés par ces mêmes jeunes révoltés mais civiquement éduqués à trier en vue du recyclage. Ils ignorent, pauvres innocents, que tout finit dans la même décharge.
Finalement, puisque j'étais dans la rue, je suis allée chez le coiffeur - acte hautement politique en ce qui me concerne. Il m’a parlé de mes cheveux blancs. Je lui ai dit que je les avais eus à vingt ans. Pas question qu’il y touche. Tout le monde n’a pas tous les jours vingt ans.

manif d'étudiants
Mais pensent-ils seulement au bilan carbone de leurs actions, ces inconscients ? Heureusement, bientôt il n'y aura plus d'essence, plus d'usine...