Archives 2008-2009-2010

Les petits papiers 2011

Ce carnet n'est pas journalier. A peine mensuel. En fait, totalement aléatoire. Tout-à-fait discutable. Mais cela en vaut-il la peine ?

 

Les petits papiers
de Catherine Mézan

 

 

 

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1er novembre - Séances gratuites

Puisque tout le monde en parlait, j'ai voulu voir le film "Des hommes et des dieux". A la grand' ville, j'ai dû faire la queue. Mais la salle se trouva pleine quand mon tour fut venu. Qu'importe. J'ai attendu un mois. A la salle des fêtes de mon village, il y a aussi des bons fauteuils. Peut-être trop confortables. Une ou deux fois, j'ail failli m'endormir. S'il y a une chose remarquable dans ce film, c'est bien les foules qu'il déplace. Le mystère du Christ n'est jamais où on le croit. La preuve, à l'église, il n'y a toujours pas besoin de faire la queue. On trouve même toujours des places libres (hormis lors des messes d'enterrement d'éminentes personnalités, qui nous avaient bien caché jusqu'alors qu'elles étaient croyantes). Comme les bancs sont durs et les curés pressés - trois à quatre messes à enchaîner dans les campagnes -, l'affaire est vite expédiée. Le message est cependant aussi beau qu'au cinéma. Autres avantages : c'est gratuit et c'est tous les dimanches. Bon, c'est vrai, dans certains pays, ça devient aussi plus risqué.

8 novembre - Calculs en cour

Houellebecq recoit le Goncourt. A cette occasion, il parle. Je découvre sa voix à la radio. Mon imagination (mon fantasme ?) en prend un sacré coup. De même, grand choc en lisant le TGV magazine d'octobre dernier. Portrait en lettres et en image d'Alex Taylor, mon chouchou du matin et de France Musique. Moi qui l'imaginais grand ténébreux excentrique (mon fantasme ?), je découvre un élégant barbu poivre et sel, queue de pie-noeud pap. Mon GPS cérébral a dû faire quelques calculs pour recaler mon imaginaire à la réalité charnelle de Michel et d'Alex. Une fois l'opération effectuée, il a reconnu que c'était bien ainsi aussi.

14 décembre - Apprendre à finir

Affichée derrière la gendarmette avec qui je m’entretenais dernièrement, une photo de Guillaume Canet, une page, plus exactement, arrachée d’un magazine. C’est sympathique une photo de Guillaume Canet dans le bureau d’une gendarmette. Je me demande ce que penserait mon patron si je collais une photo de Guiiiiilllaume dans mon bureau. Sans doute que je suis sympathique.
Au dessus du portrait de Guillaume était écrit :  Les petits mouchoirs. En dessous : « Le film de ma vie ! » Pendant que la gendarmette tapait sur son ordinateur (depuis qu'elle s'est féminisé, la gendarmerie s'est beaucoup modernisé), je regardais Guillaume avec sa gueule d’ange, je relisais sa citation et je repensais au film que j’avais vu.
J’aime bien Guillaume Canet mais si c’est le film de sa vie, je me fais du souci pour lui.
Voilà un film qui commence magistralement bien, qui se poursuit plutôt sympathiquement, qui finit magistralement bien aussi, sauf que voilà, ce n’est pas la fin. Guillaume en rajoute  une couche. Etait-ce bien nécessaire? La couche de meringue sirupeuse avec messe d’enterrement et mise en bière, discours émus, larmes et petits mouchoirs : du cinéma. Du lourd. Si c’est le film de sa vie, on voit aussi quelle est la peur de sa vie à Guillaume. « Apprendre à finir », dirait Laurent Mauvignier qui parle là d'amour, tout comme Guillaume.
Pourquoi une fin aussi pathétique au sens où l'entendent les jeunes (qui n'entendent parfois que celui-là), c'est à dire ridicule ? Peut-être parce que Dujardin dans sa tombe ne pouvait même plus se retourner.
Pour me consoler, et parce que je ne mesouvenais plus de la fin, je me suis repassé Brice de Nice. Bientôt je l’aurai vu autant de fois que son héros (Brice/ Dujardin) a vu Point Break - soit 762 fois. La fin ? Ah oui, en queue de poisson.

Best-seller de Noël

Pressée par les enfants, j’ai dû faire ma liste pour le Père Noël.
Ma liste pour le Père Noël : Mars de Fritz Zorn, La femme qui tremble de Siri Hustvedt, Les pléiades de Gobineau, L’Homme qui arrêta d’écrire de Marc-Edouard Nabe, La Trace de Richard Collasse.
Mon cadeau de Noël : La carte et le territoire de Michel Houellebecq.
On dit toujours qu’on ignore tout de ses proches mais on oublie trop souvent à quel point ils ignorent tout de nous. Comme j’avais la possibilité de changer, je ne me suis pas gênée - avec tous les doubles que j'ai, je pourrai ouvrir une librairie. Malheureusement, j'ai dû me rendre dans ce grand magasin qui vend de la hifi et du matériel informatique, quelques disques à la mode, des films en pack, et accessoirement des livres. En parcourant les étalages, je n’ai eu envie de rien. En consultant les rayonnages, je n'ai pas trouvé un seul des ouvrages désirés. J’ai compris le désarroi du Père Noël qui, de dépit, a dû tendre la main vers le tourniquet garni à l’infini d’un seul et même livre semblant résumer à lui seul toute la littérature d’hier et d’aujourd’hui -ce qui n'est sans doute pas faux.
Par souci de vérification, je me suis enquis auprès d’une vendeuse de la disponibilité des livres désirés. J’apprends que Mars est en cours de réédition. Quant à La femme qui tremble, il est en commande. « Repassez la semaine prochaine, il y sera peut-être si personne ne le prend. » Il ? Le ? Je m’étonne : « Vous les commandez à l’unité ? »  « Ben vous croyez qu’on va les mettre où ? Faut de la place pour les nouveautés », s’irrite la jeune vendeuse qui ponctue sa réponse d’un « C’est pas possible mais ça me fatigue », soulignant sans doute mon ignorance crasse.
Je me fais adresser LE Siri Hustvedt - sorti en octobre dernier - à mon domicile et me promets à l’avenir de ne commander mes livres que par internet ou de dresser ma liste chez France Loisirs, la seule librairie où il n'y a presque rien non plus mais où c'est vendu avec beaucoup de gentillesse. Puis, à défaut de nourritures spirituelles, je suis allée errer dans la supérette d’à côté pour me sustenter. D'un temple de la consommation à l'autre, la différence n'est pas grande. Dans les haut-parleurs, une voix sauve diffusait un message qui attira mon attention: « Concentrez vous sur les best-seller de Noël : la dinde et le foie gras… ».
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