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Petits papiers

Catherine

photo Catherine Mézan

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20 août 2008- Quand la musique adoucit les moeurs

Bien qu’elles se soient beaucoup produites, je n'avais jamais entendu les sœurs Labèque en concert. A La Roque d'Anthéron, elles avaient joué lors du premier festival, en 1981 ; jamais plus ensuite. Pourquoi ? Un oubli sans doute. Une bénévole de la première heure me racontait le souvenir qu’elle en avait gardé : l’apparition sur scène de deux très jeunes femmes vêtues de blouses de soie hautes en couleurs. Le temps passe, les tempéraments demeurent. Ce 20 août 2008, Katia et Marielle montant sur la grande scène du parc du château de Florans, ont surpris par leur allure juvénile autant que par le contraste coloré de leur vêtement de coupe identique : rouge pour l’une, violet pour l’autre. Deux couleurs, deux tempéraments. Dans l’interprétation du Concerto pour deux pianos et orchestre n°10 de Mozart, puis dans le Concerto pour deux pianos et orchestre de Poulenc, j’avoue avoir été très (trop) absorbée par la différence de leur jeu mais aussi par le miroir que l’une était pour l’autre, autant musicalement que physiquement. Fascination gémellaire. Pour le bis, le Jardin féerique de Maurice Ravel, les deux femmes se sont rejointes devant le même clavier, se confondant en un être unique à quatre mains. Alors, seulement, j'ai pu me concentrer. Il m'en faut peu. Les regardant quitter la scène, les bras chargés de fleurs, j’ai repensé à un passage de La voix d’alto de Gérard Millet. Dans ce roman, l’auteur donne une explication de l’attraction visuelle que le mélomane éprouve pour les musiciens : « (…) la plupart des gens vont au concert autant pour voir que pour écouter, car ils ont en vérité peur de la musique, celle-ci possédant un tel pouvoir d’abstraction qu’elle finit par nous conduire au-delà du plaisir pour nous placer face à notre néant : ils viennent nous voir mourir à leur place. » Ralf Gothoni, à la direction de l’English Chamber Orchestra, a conclu la soirée avec la Symphonie n°31 de Mozart dite « Paris ». Quelques mélomanes voulant sans doute s’épargner la douleur de toute un orchestre disparaissant dans le néant après tant de beauté, ont commencé à quitter les gradins dès la fin du concert, avant les bis. Erreur. Grave erreur. A chaque nouveau départ, les acclamations du public pour l’orchestre se muaient en sifflets indignés pour les déserteurs, au point que le chef d’orchestre, lui, semblait ne plus savoir s'il était applaudi ou hué. Ce soir-là, il fallait être sacrément courageux (ou avoir une envie irrépressible de pisser) pour oser quitter le parc de Florans sans attendre la top départ d’une foule à l’unisson de l’intolérance.
J’ai en horreur ces mélomanes (?) qui  confortent la musique classique dans un savoir élitiste. Tant d’autres fois, leurs « chut ! » indignés m’ont gâché le concert, bien plus que ces acclamations spontanées de malheureux qui avaient osé applaudir entre deux mouvements. Dans d'autres pays, à une autre époque, c’était pourtant usuel. Ce 20 août à La Roque, je suis restée dans mon siège, plus atterrée que dans l’attente des bis de l’English Chamber Orchestra qui d’ailleurs ne sont pas venus. Prudents, Ralf Gothoni et ses musiciens ont préféré quitter la scène dans le tohu-bohu général. Tant de bruit pour rien.

soeurs labeque
© Xavier Antoinet

28 août - Cauchemars

« Les cauchemars de Toni Travolta » ont bien failli devenir les cauchemars de Jean-Luc Courcoult. Lors de la première représentation de ce spectacle à Salon-de-Provence, le directeur de la cie Royal de Luxe a stoppé en pleine action les acteurs de la troupe chilienne Gran Reyneta pour s’indigner - lui aussi ! - du comportement des spectateurs quittant les gradins. Jamais on ne lui avait fait un tel affront ! Que se passe-t-il à Salon ? s’est-il indigné à voix haute devant un parterre d’élus fort mal à l’aise. L’événement a été largement commenté dans la presse le lendemain, et encore le surlendemain, les critiques décrétant que les émissions télévisuelles offraient un contenu bien plus insupportable que cette comédie musicale osée. Certes, mais personne ne nous oblige à rester devant le petit écran. Le vrai débat n’était-il pas plutôt : comment établir un respect réciproque du public et des artistes ? Ne faut-il pas admettre qu'il y a quelque leçon à tirer de la réaction du public ? Les spectateurs quittant une représentation en cours en disent plus - et moins méchamment - qu’un critique unique massacrant telle pièce ou tel livre dans la presse.
D’ailleurs, les élus de Salon et Jean-Luc Courcoult lui-même ont compris le message. Lors des spectacles suivants, la foule était au rendez-vous (attrait du scandale !) et les mises en garde écrites et orales aussi. Avis aux population : «Ce spectacle n’est pas destiné aux âmes sensibles. Il est susceptible de choquer les jeunes publics. » Il suffisait donc de le dire.
Quoique il en soit, mes petits et moi, âmes peu sensibles, nous nous sommes régalés avec et sans avertissements préalables. Et j’ignore si à Salon, le public n’est pas assez « cultureux », mais il n’est jamais trop tard pour l’initier. Je n’oublie pas non plus que c’est dans cette petite ville de province provençale que j’ai pu voir un saisissant Caligula de Camus, interprété par Charles Berling le magnifique et la troupe du Théâtre de l’Atelier.

royal de luxe
© CPC
Salon dépucelée par un Royal de Luxe à la sauce très pimentée !

5 septembre - Je me suis rendue sur la tombe de Camus à Lourmarin, en pèlerinage annuel. A cette occasion, j'y ai appris qu'Albert adorait le football et qu'il assistait souvent aux matchs des jeunes de la commune. C'est le cercle des sportifs lourmarinois qui a porté son cercueil, lors de son enterrement. Si j'ai encore un fils, c'est décidé je l'appelle Albert.
Foot toujours : le président turc Abdullah Gül se rendra à Erevan à l'invitation de son homologue Serge Sarkissian pour assister au match Arménie-Turquie. Les relations entre les Turcs et les Arméniens enfin renouées grâce au foot ? On voudrait y croire.

tombe camus*
©
CPC
Comme quoi, le foot c'est pas que pour les blaireaux.