5 février 2009 - E(t)-moi(s)
Nicolas Sarkozy face à la crise : 15 millions de téléspectateurs, et moi et moi et moi, ce qui fait tout-de-même le double de l'audience de "Plus belle la vie" et presque autant d'émois. En feuilleton tous les soirs, le Sarko show serait-il le remède à la disparition de la publicité ? Las, pour que la fiction soit passionnante, faudrait-il que les seconds rôles incarnent leur personnage. Duhamel, en vieux briscard du journalisme (ou de Napoléon ?), ça passe. Les autres... Maintien figé, émotion mal maîtrisée, regards et sourires errant entre connivence et défiance... Soudain, un sursaut d'assurance mais c'est pour parler tous ensemble, se couper la parole et se la dérober.
Entre chers confrères, c'est finalement là qu'ils sont les plus naturels.
La critique est aisée, dis-je, et l'interview du Président un exercice difficile, dit-on. Qu'importe, la comédie continue, relayée par les analyses, éditos, recueils d'impressions à chaud, à froid, et en dernier recours, si le soufflé retombe, un petit sondage établi sur un panel de 1000 personnes (pourquoi jamais moi ?) permettra de reparler de Nicolas. Après, pour changer, on nous causera de Carla. "Causer : être la cause de quelque chose, produire un effet." Est-ce que tout cela me cause ?
Quand même, dans un quotidien, je lis dès le lendemain un article riche en analyses et fort en émotion brute : des gens, comme vous et moi (mais toujours pas moi), sont invités à la rédaction du journal pour regarder la télévision ensemble. Pendant l'émission, ils livrent leurs commentaires. Parfois, il y a des silences, décrit le journaliste. Normal, ils sont censés écouter, et comme il n'y a plus de pause pub... Peut-être, devant ce spectacle télévisuel captivant, boivent-ils des bières en rotant ou en mangeant des pizzas ; on ne nous le dit pas, c'est dommage. L'ensemble de leurs réflexions est retranscrit par le journaliste. Le résultat est presque aussi palpitant qu'un match de foot commenté par Thierry Roland. Quoique, avec Thierry Roland, en coupant le son, il reste toujours le match (et ça, c'est la vraie magie de la télévision.)
Belle application des nouveaux fondamentaux du journalisme : l'interactivité. La parole aux lecteurs. Quand ce n'est pas la plume.
Et c'est ainsi que beauf nous sommes, beauf nous resterons.
14 février - Théâtre
J'ai souvent lu à mes enfants un album intitulé Le secret d'Isabella (Alison Lester, éd. Françoise Deflandre). C'est sans doute ce qui m'a donné envie de voir la "comédie musicale tragique" de Jan Lauwers : La chambre d'Isabella. Dans les deux cas, une même quête du passé, de ses secrets heureux mais plus souvent douloureux. Jan Lauwers a du génie et ses artistes sont exceptionnels en comédiens-danseurs-chanteurs pour faire passer avec légèreté une histoire qui ne l'est pas. C'est peut-être parce que Jan Lauwers conçoit ses oeuvres en plasticien qu'il y souffle un tel vent de liberté. Ebouriffant.

© Maarten Vanden Abeele
Une aveugle, des morts, un fou, un prince du désert, mais aussi les hémisphères droit et gauche du cerveau d'Isabella, ainsi que sa libido, tous en scène, comme dans la vie.
16 février- Cinéma
Il y a beaucoup de films que j'aimerais voir. Très peu que je ne veux absolument pas louper. Espion(s) de Nicolas Saada est de ceux-là. Juste parfait. Et Guillaume Canet, une fois de plus, troublant : tant de talents.
18 février- Culture pour tous, critique par tous
Musardant entre les pages d'un site commercial consacré à la culture, je lis l'avis d'un internaute à propos d'un disque de soul : "(...) je l'est commandé les yeux fermer avant d'avoire ecouter les extrait". Le modérateur devait également être très s(a)oul quand il a mis ce texte en ligne. Mais j'ai trouvé mieux. Rubrique "livre" cette fois. Une internaute, après avoir adoré le film The Hours, décide de lire Mrs. Dalloway. Elle a raison. Pourtant, elle va être déçue et s'en explique avec conviction : "(...) Il ne se passe rien. Absolument pas passionnant, la lecture n'a rien de captivant ni d'attrayant ; c'était donc cela du Virginia Woolf ? "
Depuis longtemps, La Fédération nationale d'achats des cadres (si, si) n'agitait plus ma curiosité, là elle commence à hérisser sérieusement ma pilosité.