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Petits papiers

Catherine

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6 juin- Pourquoi les écrivains écrivent

Hier, à la grande ville, j'ai vu une queue incroyable devant un magasin. Je me suis approchée. C'était une librairie. Pour patienter, les gens -essentiellement des femmes - lisaient. Tous le même livre. Ils avaient dû le trouver à l'intérieur : il y en avait des piles. Derrière ces piles, un écrivain écrivait. Entre deux lignes, il levait la tête, souriait, tendait un livre, en reprenait un autre. Quelques fois, des jeunes filles demandaient à poser à ses côtés. L'écrivain disait "Normalement non" mais acceptait finalement d'être photographié avec ses lectrices. En sortant, l'une d'elles a embrassé la page dédicacée. Une autre s'est exclamée : je l'ai touché !
Désormais, je sais pourquoi les écrivains écrivent.
Pour les écrivaines, je savais déjà.
J'ai demandé à une jeune fille de me montrer ce que lui avait écrit l'auteur. " A Ornella, cette histoire d'amour et d'espoir.... Très chaleureusement. " Les points de suspension, c'est pas mal. Il faudra que j'y pense. Je pourrais même carrément plagier l'auteur en introduisant un changement infime. Pour "Un pianiste vu de dos", cela donnerait : "A Ornella, une histoire d'amour et de désespoir..." Pas mal. Vraiment pas mal. C'est sûr, ça donne envie de lire le livre.
On n'imagine pas, mais la dédicace, c'est ce qu'il y de plus difficile à écrire dans un roman. La première fois, j'y ai passé dix minutes. La seconde, j'ai carrément raturé. Les autres fois, je préfère ne pas me souvenir, j'ai dû faire des fautes. Quand je serai célèbre, je me poserai sans doute moins de questions.
A un moment, comme je restais songeuse à contempler l'auteur et sa ribambelle de lecteurs, une dame de la librairie m'a demandé si j'étais l'attachée de presse de l'écrivain. L'attachée de presse de Guillaume Musso ! Je ne sais pas ce qui m'a pris de dire non.


guillaume musso
Guiiiillaume !!! Photo ©CPC

24 juin- Plus grand commun diviseur

Chaque année, j'aime bien me la jouer "Entre les murs". Pourtant, arrivée au PGCD, j'ai bien cru que j'allais imposer ma "Journée de la jupe" : séquestrer quelques spécimens et leur inculquer, de force, la beauté de l'algorithme d'Euclide. Pour me consoler, j'ai relu Le Temps des Amours de Pagnol. Si le système change, les élèves eux ne changent pas. C'est donc qu'il faut réformer le système ? Luc Chatel vient d'être nommé ministre de l'Education. Il a du pain sur la planche pour l'éducation. Où commencer quand un élève, ni plus ni moins favorisé qu'un autre, refuse de nettoyer les graffitis qu'il vient d'inscrire sur sa table au prétexte qu'il n'est pas "une boniche" ? Je lis les graffitis. C'est loin d'être de la poésie.
Entre les murs, de la fenêtre de ma classe, je m'évadais vers le nord : la montagne de Lure, Manosque... Du coup, j'ai eu envie de relire la trilogie de Pan de Giono.
"Alors, on s'en est allé hors de la bonne route, dans des quartiers perdus où le ciel était collé si fort contre la terre qu'il fallait forcer de la tête pour passer entre les deux." (Regain). Giono est grand, me disait un jour un ami écrivain qui partage avec le "Voyageur immobile" cet art de la "poésie pure".
Avant la fin de l'année scolaire, j'ai jeté l'éponge, les craies avec. Plutôt boniche que garde-chiourmes.

regain giono
Les vide-greniers ne sont pas qu' amas d'horreurs. Parfois,on y déniche des merveilles qui ne tiennent pourtant qu'à un fil.