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Petits papiers

Catherine

photo Catherine Mézan

Mézan________________________________

 

2 mars- D'Italie
2 mars- "Accettate la carta di creditto ?" Après trois jours en Italie, j’ai pu m'exprimer avec une certaine aisance. Malgré tout, j'ai eu du mal à caser ma carte de crédit. Même à Venise où il faut pourtant payer partout et pour tout. Par rapport au Guide du Routard de 1995 (mon dernier voyage), la Sérénissime n'a pas beaucoup changé. Pour les prix, c'est simple, il suffit de remplacer " francs" par "euros". Ainsi une chambre "bon marché" à 60FF revient aujourd'hui à 60€ la nuit. Ce que j'aime dans les hôtels italiens, c'est qu'il y a encore des bidets dans les salles-de-bains.
Dans certains lieux, à la place de l'offrande que suggérait mon vieux guide, j'ai dû payer le tarif affiché. Heureusement, les bambini ont horreur des églises et des musées, ça m'a fait faire des économies. A la place, on est allés au Palazzio Grassi - payant aussi mais amusant - et on a rentabilisé le forfait exorbitant de deux jours en vaporetto en faisant le tour de toutes les îles. A Venise, devant des palais vétustes, j'ai eu l'impression de replonger dans le beau roman de Henry James Les papiers de Jeffrey Aspern. A Venise, à mes pieds il y avait des confettis. Le carnaval venait de s'achever et je l'avais raté. Peu importe, je relirai Je vous écris d'Italie de Michel Déon, un livre que j'ai beaucoup offert.
En quittant Venise, devant la gare, j'ai essayé de retrouver l'émotion que j'avais éprouvée lors de mon premier voyage, quand sortant du train, j'avais débarqué dans ce décor onirique. Mais cette fois, mon regard butait sur l'immense publicité déployée sur les échafaudages d'un palais en rénovation. Peut-être les seules toiles que l'on peut désormais voir gratuitement dans cette ville ? "Nous avons voyagé et peiné pour voir le mont Blanc et le Taj Mahal, et pourtant ces visions s'effacent, meurent et disparaissent parce qu'elles sont demeurées solitaires." m'a consolé Virginia Woolf dans sa nouvelle"Le Soleil et les Poissons" (in "La Mort de la Phalène").
Ce que j'aime en Italie, c'est qu'il y a encore des gens pour vous servir aux pompes à essence. Avec une pitié condescendante, l'un des pompistes a insisté pour changer les essuie-glaces, rajouter de l'huile et beaucoup d'autres choses apparemment utiles à ma guimbarde qui ne ressemble en rien aux engins rutilants que j'ai croisés tout au long de mon périple. Comme je refusais avec une désinvolture obstinée, il a dressé à la cantonade le portrait de la Francese (geste vers moi) qui va dépenser de l'argent pour aller chez le parrucchiere (geste vers mes cheveux) mais rien pour la meccanica (geste vers ma berline). On s’est quittés en s’envoyant des Ciao et des baisers du bout des lèvres et des doigts. C'est facile l'italien.

Venise burano
Les enfants voulaient aller au ski, j'ai préféré l'Italie.
Les goûts et les couleurs.© C.P.C.

Livres en liste
11 mars - Appâtée par un chroniqueur de France Culture qui, lors de l'interview d'Antoine Bello (lauréat du prix Télérama- France Culture), évoquait le supplément de Télérama consacré aux livres préférés de 100 écrivains, j'achète ledit magazine. En guise de supplément, trois pages, en guise d'écrivains, trois seulement sont interviewés et, ça tombe mal, ils ne sont pas ma tasse de thé. Qui sont les 97 autres et quels sont leurs choix respectifs ? Dans un renvoi en fin d'article, il est indiqué que "la liste est consultable sur internet" . Sur internet : "On vous a coupé les 100 palmarès en 10 fois 10 (un par jour) : première liste de listes dans 5 mn chrono." Au bout de cinq minutes, rien. Si c'est un jeu, je me demande ce que l'on gagne. Pas une lectrice de plus en tout cas. Comme tout cela est fastidieux et comme, d'autant que je m'en souvienne, je n'ai pas été consultée par Télérama, c'est décidé, je livre, en exclusivité mondiale, ma propre liste, valable ce jour, différente sans doute demain (d'ailleurs, je la mettrai à jour au gré de mes envies).
Voici donc ma liste, la fameuse, sachant qu'elle ne servira à rien, pas plus sans doute que celles de cent autres écrivains ou même de mille, sauf à en tirer une vanité absurde et réconfortante en découvrant qu'on a quelques références communes ou justement aucune.
MES livres de chevet : Les Vagues et Mrs. Dalloway de Virginia Woolf.
Suivent : La Loi de Roger Vailland, Le Mas Théotime d'Henri Bosco, L'Attrape-Coeurs de J.D. Salinger, L'Etranger et Caligula d'Albert Camus, La Dernière Tentation du Christ de Nikos Kazantzaki, Histoire d'O de Pauline Réage, la "Trilogie de Pan" de Giono, Belle du Seigneur et Mangeclous d'Albert Cohen, Méchamment berbère de Minna Sif...
Les Milan Kundera, Pagnol, Céline, Modiano...
Deuxième liste : les livres que je ne désespère pas (quoique?) de finir un jour (quand je serai grande ?) : A la recherche du temps perdu de Proust (la vie est courte, Proust est long, dirait Anatole France), Ulysse de James Joyce, Le bruit et la fureur de William Faulkner, Sur la route de Jack Kerouac (à ne pas confondre avec La route de Cormac McCarthy qu'en revanche j'ai fini, désespérée, et encore, en ayant sauté beaucoup de pages).
Le livre qui m'a redonné envie (de lire mais pas que) quand, une fois j'ai dit ça suffit : Kennedy et moi de Jean-Paul Dubois.
Le livre du moment que je n'ai pas lu, dont je ne connais rien de l'auteur, mais que j'ai très envie de lire : Nous autres de Stéphane Audeguy
Le dernier (qui est aussi le premier, évidemment) : la Bible.
Et un dictionnaire.

livres de chevet
Parfois, seuls des éboulements président à l'ordonnancement de listes. ©C.P.C.

Candidature
16 mars - M. Bello étant la cause de mon achat impromptu de Télérama (cf précédent paragraphe), je lis l'article à lui consacré. Je découvre qu'il dirige l'entreprise Ubisqus. Le nom ne m'est pas inconnu. Je recherche dans mes dossiers. C'est bien à cette entreprise que j'ai envoyé, par trois fois, ma candidature en tant que rédactrice. A chaque fois, la même réponse stéréotypée, ainsi résumable : "c'est gentil, mais allez gratter l'amitié ailleurs", comme disent les djeuns. Maintenant que je connais mieux Antoine, je comprends ce qui ne passe pas entre nous. Dans la charte d'Ubisqus, il a indiqué : "we want to have fun." (c'est même "sa particularité la plus sympathique" écrit Télérama). Et moi, bêtement, dans mes lettres de motivation, au lieu d'indiquer que je voulais travailler pour m'amuser à mon tour, d'expliquer que j'avais vraiment besoin de cette mission pour payer le voyage en Irlande de ma grande, le solfège et des paires de baskets aux deux petits... Sans rancune Antoine, je lirai quand même votre livre (surtout si vous me l'offrez).
Emploi toujours. La presse est en crise. Ce n'est pas nouveau. Mais là, ça devient grave. Il n'y a plus personne aux commandes. La preuve, dans le Elle du 21 février Marion Cotillard est nommée rédactrice en chef. Mercredi 4 mars, c'est au tour d'Isabelle Huppert d'assurer la conférence de rédaction de La Provence, tandis que le 8 mars, la rédaction de Var Matin est confiée à Anna Karina. J'ai quelque liberté en ce moment, si d'autres besoins de rédacteur en chef se font sentir, merci de m'adresser un mail. Réponse assurée.
Sinon, comme les comédiens, le coeur battant, je retournerai sur scène -une estrade en fait - où, devant 30 clones de mon aînée, j'interprèterai les rôles de Pythagore et de Thalès de Milet. Aucun succès garanti.
Tout cela me donne envie de compléter ma précédente liste avec Les lettres de non-motivation de Julien Prévieux (Zones - Ed. La Découverte), le livre le plus jubilatoire et le plus subversif que j'ai lu dernièrement.

Voyeurisme
20 mars - Etrange film que cette "Journée de la jupe". Malgré un scénario parfois prévisible, Jean-Paul Lilienfeld dérange parce qu'il place le spectateur dans le rôle du voyeur, au sens propre comme au figuré. Gênant et excitant, n'est-ce pas, de voir que le racisme et l'intolérance (et donc la violence) sont partout. Qui peut mieux le comprendre et le dénoncer que ceux issus de l'immigration, comme la Madame Bergerac du film? Un nom bien franchouillard pour une professeur de français qui se fait traiter d'islamophobe par un collègue bien-pensant et de juive par un jeune beur de sa classe, alors qu'elle est d'origine arabe...
Voyeur, nous le sommes aussi des scènes de tournante sur des jeunes filles des cités. "Des chiennes", justifient les caïds, ces porcs.
Voyeur enfin des changements physiques d'Isabelle Adjani. La magnifique Elianne de L'été meutrier de Jean Becker - (Ah, la scène du dialogue muet avec la tante sourde !)- a vieilli. Comme nous tous. Elle l'assume, la preuve. C'est peut-être la plus belle leçon de ce film. Juif, Arabe, Français, blanc ou noir, nous allons tous dans la même direction. Si d'aucuns préfèrent s'entretuer avant...
Boudé par les cinémas, ce film a offert à Arte son record d'audience ( 2.245.000 spectateurs). En le diffusant le jour du printemps, la chaîne a donné aux spectatrices une double raison de ressortir leurs jupes.

Morte de rire ?
26 mars- Vu LOL par obligation maternelle.
Un quart de seconde de grâce dans ce film (la scène avec l'enfant trisomique).
Lu Mon journal intime de Lisa Azuelos "la version papier, tout aussi réussie que le film" écrit N. D., journaliste au magazine Elle qui ajoute : " (...) l’ouvrage se termine sur une lettre ouverte qui ne pourra que remuer la mère (épuisée) qui sommeille en vous !".
Décisions : Ne plus emprunter le Elle de ma fille. Ne plus aller au cinéma avec les enfants. Rester une mère indigne.