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11 novembre 2008- Traversée
Puisqu'il n'est plus de circonstance de commémorer, j'ai roulé mon petit drapeau bleu-blanc-rouge et décidé d'aller voir la mer. Direction Marseille. Puis cap au large vers l'île d'If. Quelle traversée ! Pas eu le temps de jeter une palangrotte. Avant de débarquer, me suis prudemment assurée que le rhinocéros avait été évacué. Seul trace de l’empaillé, une reproduction de Dürer sur des tee-shirt proposés aux rares touristes ; alors, crânement j'ai franchi les murailles de la forteresse. Dumas ne s'y est pas trompé : un beau décor de roman. Son best-seller a tellement imprégné les murs (sur lesquels sont projetées les adaptations cinématographiques du monde entier), qu’on en oublie un peu vite que toutes ses geôles n'ont pas été occupées que par des personnages imaginaires.
Au retour, en regardant Marseille s’illuminer, j’ai fait mine de méditer longuement la dernière phrase du comte de Monte-Cristo, et du roman : Attendre et espérer. Mais puisque tout était dit, j’ai sorti une navette de son sac huilé et je l’ai grignotée.

© CPC
C'est beau une île la nuit.
13 novembre 2008- Séance entre les murs
Dans ma contrée reculée, il y a un cinéma. Plus exactement, projection tous les jeudis à la salle des fêtes. Ce soir, c'était jour faste pour le projectioniste qui m'a confié avoir enregistré un taux record de fréquentation : 25 personnes. Dans la salle : deux jeunes. Par opposition et déduction, tous les autres étaient donc des vieux. C'est curieux.
Je n'étais pas pressée de voir "Entre les murs". On n'est jamais pressé de voir ce qu'on connait, ou ce que l'on croit connaître. Quand même, déjà, le titre, quelle justesse. Le reste (scénario, acteurs, dialogue...) est dans le même esprit: du très grand art.
2 décembre- D'Arménie
Ma factrice a monté tous les escaliers pour me rendre visite. C'était une vraie surprise. Entre l'équipe de France de foot et Madagascar 2, les enfants ont longuement discuté. J'ai tranché pour le calendrier des chatons, ça change. Le lendemain, la factrice a déposé dans ma boîte aux lettres un courrier adressé à Catherine M. qui habite à l'autre bout du village (avec toutes les Catherine M. de France, c'est vrai c'est difficile). J'étais rassurée, les bonnes habitudes reprennent. Le même jour je recevais une carte postale d'Arménie postée le 8 octobre dernier. Que ceux qui osent se plaindre des fonctionnaires français aillent poster leur courrier en Arménie.

On dit que c'est sur le Mont Ararat que l'Arche de Noé toucha terre après le déluge. Avec des luges, j'espère.
Quelques jours auparavant, j'avais également reçu ma carte pour les élections prud'homales. C'est drôle, j'ignorais que j'étais salariée. Si j'ai un patron, alors il oublie de me payer. Armée de ce précieux sésame, j'ai fièrement pris le chemin du bureau de vote. On m' a laissé entrer. Collège industrie, a-t-on même clamé. Industrie ! Je n'en revenais toujours pas. Peut-être la métallurgie. Derrière les rideaux, j'ai passé quelques longues minutes à lire tous les bulletins. Il n' y avait pas beaucoup d'information sur les formations, alors j'ai lu tous les noms. Sait-on jamais. Mais je ne connaissais personne. Comme j'avais une feuille en double, je l'ai glissée dans l'enveloppe. Au moment de la déposer dans l'urne, ils n'ont pas voulu ouvrir le clapet. Ils ont cherché partout. Je n'étais pas inscrite. J'étais démasquée : une chômeuse cherchant à fausser les élections prud'homales par un vote illicite, c'est passible des prud'hommes ? Finalement, ils ont trouvé l'erreur : mon bureau de vote était situé à une quarantaine de kilomètres de La Roque, dans une commune où de mémoire, je n'ai jamais travaillé.
5 décembre- Culture spontanée
Je n'ai pas vu Blanche-neige de Preljocaj. Ni Les rêves de Karabine Klaxon de Carolyn Carlson. C'est pour ça que j'en parle. Pourquoi des articles dans la presse pour annoncer des spectacles inacessibles ? Quand j'appelle, c'est toujours complet. Les journalistes poussent le vice à consacrer la moitié d'une colonne aux détails pratiques pour les réservations ; on voit bien qu'ils ne passent jamais par la billetterie pour avoir des places (gratuites).
Finalement, dans le fameux Pavillon noir d'Aix-en-Provence, je n'ai réussi à voir qu'un seul spectacle : Umwelt de Maguy Marin. J'ai rapidement compris pourquoi il restait des places. Au bout de vingt minutes, j'ai moi-même quitté mon siège. "Une oeuvre majeure de la chorégraphe", écrivaient pourtant les critiques, "somptueuses métaphores de la réalité", s'exclamaient les autres, "un message de grande portée intellectuelle"... Bien que je parle allemand, je n'ai certainement pas dû le saisir, ce message. Des gens qui entrent et qui sortent pas la même porte pendant une heure, au son d'une musique à rendre sourd un pot à anses, effectivement c'est trop intellectuel pour moi. Et trop dansant aussi.
Désormais, je sais ce qu'il me reste à faire pour faire l'intéressante dans les salons que je ne fréquente pas : réserver mes places un an à l'avance. C'est ça la spontanéité de la culture, sa popularisation.
Heureusement, si une envie subite nous prend, il nous reste toujours la télé.
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