| |
9 novembre - Et les lapins du Mur de Berlin ?
Pour comprendre la complexité de la chute du mur du Berlin, il faut voir l'excellent film de Christian Carion L'Affaire Farewell interprété par Guillaume Canet -tant de talent !- et Emir Kusturica Le magnifique. On comprend alors qu'on ne comprend rien à ce qui contribuera à la chute du mur de la honte : tant d'événements y ont participé, et tant de pays. Sans compter un petit coup de pouce du Très Haut. Car à y regarder de près, vingt ans plus tard, on voit plutôt là un miracle.
De ce jour miraculeux et historique, je n'ai songé à fourrer dans mes poches que quelques cailloux rugueux. Même pas un pan de mur entier. Quel dommage ! J'aurais assuré mes vieux jours, si je m'en referre aux prix auxquels ils se négocient aujourd'hui (minimum 150 000€ le pan).
Il paraît, en revanche, que les chiens entrainés à dissuader les Est-Berlinois à faire le mur n'auraient pas trouvé preneurs. J'aime pas les chiens, ça tombe bien. Personne en revanche ne s'émeut du sort des dizaines de milliers de lapins qui évoluaient paisiblement sous les miradors du no-man's land de l'entre deux murs. Pourtant mignons ces lapins sous les mitraillettes. La liberté les aura-t-elle exterminés ?

Niko y était. Moi aussi. Dans mon petit drapeau, j'ai rapporté quelques
joyaux de liberté en béton armé (prix à négocier).
Photo © Catherine Mézan
20 novembre - A moi de jouer
On n'a pas toujours la main heureuse quand on veut faire dans la Culture. On a envie de "sortir" ; on entre dans un cinéma, un théâtre. On ressort en regrettant de ne pas être resté chez soi, devant son petit écran, à regarder, une fois encore, Le dîner de cons. On s'en veut de s'être fié au médias pour une fois, plutôt qu'à son instinct comme les autres fois. J'avoue, sans honte : j'ai failli m'endormir devant le film de Stéphane Brizé Mademoiselle Chambon tiré du roman d'Eric Holder. J'avoue, sans honte : je me suis endormie dans ma baignoire du théâtre du Jeu de Paume devant Fin de Partie de Beckett mis en scène par Charles Berling.
L'un comme l'autre extrêmement bien joué, pourtant.
L'un comme l'autre extrêment bien écrit, pourtant.
Alors, pourquoi tant d'ennui ?
La faute aux thèmes abordés, sûrement : la mort, l'amour, l'amer... Je ne me sens concernée en rien.
Je vais bien.
A tel point que la prochaine fois, pour mes sorties, j'irai plutôt reluquer du côté des spectacles sportifs. Dans ce domaine, il semble que l'on peut avoir la main très heureuse. Tiens, si je me faisais un match de foot ?
27 novembre - En voiture, Simone !
Ma voiture a fait valoir ses droits à l'euthanasie. Après 19 ans de mariage, je n'ai pas insisté pour l'en dissuader. D'autant que je me suis laissée dire qu'il y avait un paradis pour les 405 Peugeot. De l'autre côté de la Méditerranée. Sa retraite anticipée m'a laissé entrevoir la possibilité de me trouver une petite jeunette, avec une prime à la clé.
Avec cupidité, je me suis donc lancée dans la tournée des principaux concessionnaires automobiles de la région. Une aventure pleine d'enseignement. Avis aux grands directeurs des grands services marketing des grands fabricants automobiles : je sais, désormais, pourquoi le marché auto se porte si mal.
C'est simple
: même les caissières des supérettes discount sont plus aimables que les vendeurs de voiture. Mais les caissières de supérettes discount, on peut les comprendre, elles.
Le vendeur de voiture ne vient pas à vous. Il attend. Il vous fait attendre. Si vous insistez pour acheter une voiture, le vendeur de voiture ne vous montrera pas de modèles mais une belle plaquette dans laquelle "on trouvera toutes les caractéristiques" . Après avoir tenté de décripter, comparer et indiquer votre choix au vendeur de voiture, il daignera sortir sa calculette : prime à la casse + prime à l'environnement + prime de Noël + prime du concessionnaire : ça vous fera mille euros en plus ma petite dame, annonce-t-il en secouant ses poignets ornés de gourmettes dorées. Malgré sa lecture attentive, la petite dame n'avait pas compris que le prix de base c'était pour une voiture avec seulement deux portes, seulement quatre places et même pas de roue de secours. L'aînée de ses enfants (l'ado) réclame la climatisation, le garçon veut la radio et la dernière pleurniche pour avoir une ceinture de sécurité avec son siège auto. La petite dame les calme d'une bonne taloche à chacun. A ce moment et fort à propos, le commercial automobile s'extrait agilement de son siège sous prétexte de leur montrer, enfin, un modèle. En vrai, l'objet est beaucoup moins désirable que dans la brochure. Mais la dame est invitée à monter dedans. Les enfants aussi, qui s'entassent derrière en pouffant, comme si c'était la première fois. La dame ferme la porte (très important), baisse la fenêtre électrique (magique !), pose ses mains sur le volant. "Alors ? Heureuse ?" demande le commercial avec condescendance. La petite dame est confuse. Il lui semble ne pas posséder tous les éléments pour apporter une réponse correcte. Alors, elle fait semblant de tourner le volant de droite et de gauche, geste que, depuis sa prime enfance -et peut-être la nuit des temps-, elle accompagne d'un broum, broum tonitruant. Derrière, l'aînée (l'ado) grommelle de honte, le garçon fait "hiiiiii" pour faire crisser les pneus et la petite gazouille un air comme à la radio. C'est presque aussi bien que la chorale Honda. Rassurée, la dame coupe son moteur verbal et le clapet de ses enfants. C'est déjà une autre femme. Un coude à la fenêtre, elle tourne des yeux brillants vers le vendeur : "En effet, pas mal du tout." Le vendeur de voiture n'en attendait pas moins.
La petite dame aura sa voiture dans 8 semaines à peine, sans compter les fêtes de Noël, soit 2 semaines en plus. Elle la voulait en rouge, elle l'aura en gris, sinon c'est 2 semaines de plus et 2000 euros aussi. Les enfants sont déçus de ne pas partir avec leur nouveau jouet mais la petite dame les calme d'une taloche amicale. Elle, elle est comblée. Désormais, elle attend. Dans sa tête retentit le petit bruit sec et rassurant de la porte de sa future voiture. Elle se le passe en boucle, ce joli bruit.
Une voiture sur deux est achetée sans être essayée. Manquerait plus que ça. Les constructeurs dépensent assez de sous dans l'étude du bruit de la fermeture de porte.

De quoi c'est-y qu'elle se plaint la petite dame ? Au magasin de voitures, elle a même pu faire un tour dans la Ferrari en carton - Photo © CPC
|
|