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Petits papiers

Catherine

photo Catherine Mézan

Mézan________________________________

 

7 septembre - ça m'énerve

ça m'énerve
Les médias qui font leurs choux gras
sur la rentrée et la grippe A
C’est oublier les pauvres cloches
qui devront rester au foyer
Pour récupérer leurs mioches,
leur apprendre à lire et à compter
et tout ça sans être payées.
C’est oublier les prolos
qui voudraient bien rentrer
Mais qu’ont juste le droit de pointer
Vu que leurs usines elles ont fermé
Et c’est oublier la majorité
Qui compte ses semaines de congés
Sur la moitié de ses dix doigts
Ça m'énerve
Les médias qui font tout un plat
Des 600 pavés de la rentrée
Mais qui ne parlent que de Beidbeger
De Nothomb et de PPDA
Et des autres célébrités
Entendues à la radio tout l’été
comme si les manies d’un auteur
révélaient une certaine hauteur
Ça m’énerve
Les piteux résultats des Bleus
Qui rendent mon mari nerveux
Et même la belle Rama Yade
Qui croit encore au Mondial
Ça m’énerve
La nouvelle grille de France Cul
Qui a déplacé Raphaël
A une heure qui ne me convient plus
Ça m’énerve
De ne pas savoir mettre la cédille
sous le C en majuscule
comme si c'était difficile
ou comme si j'étais une bille.
ça m'énerve
Les internautes qui piquent
des photos sur mon site
alors que moi, comme l'ami Fritz
je suis aussi une grande artiste.
OK, là ça a trop duré.


macaron
De toutes façons, j'aime pas les macarons. Photo CPC

8 septembre- Prédictions

Dans l'horoscope de La Provence ce jour, je m'informe de ma santé. La prophétie de l'astrologue m'impressionne :
Taureau - Santé : risque de grippe A.

taureau masqué
Le journal a toujours raison. Autant prendre ses précautions. Photo CPC

10 septembre- L'île de la frustration

La scène se passe dans un collège. Premier cours de français. Classe de 3e.
Le professeur : Est-ce que certains d'entre-vous connaissent Gustave Flaubert ?
Silence poli des élèves.
Le professeur, agacé : Bon. Qu'est-ce-vous avez lu pendant les vacances ?
Léger brouhaha d’excitation dans la classe.
Le professeur, s’énervant : Surtout, ne me citez pas Lévy ou Musso !
Silence coupable dans la classe.

C’est difficile d’être professeur. C’est difficile d’être élève. Cette scène me renvoie à ma tendre jeunesse. Je suis en 5e, chouchoute de la professeur de français. Jusqu’au jour funeste où elle dépose sur mon bureau, une copie annotée à l’encre rouge d'un terrible " Décevant ". Le sujet de la rédaction était : Quel livre emporteriez-vous sur une île déserte ? Sans hésiter et avec enthousiasme, j’avais décrit le bon usage que l'on peut tirer en pareille situation du Manuel du scout que j 'avais piqué à mon frère aîné - ainsi que toute sa collection de Signes de piste. Ni lui ni moi n'avons jamais été scout. Sauf en rêve. Et c'est peut-être mieux ainsi.
Depuis ce jour, une défiance s’est instaurée entre la Littérature et moi. Je la choie en secret, je la trompe ouvertement. Au moins avec les mathématiques, pas de jugement de valeur.
Je n'irai jamais sur une île déserte et ça tombe bien car j'ai perdu mon Manuel du scout. Et si, par la force ou la malchance, je devais quand même échouer sur cette putain d'île, je prierais le Bon Dieu de me faire adresser sur place un exemplaire de la Bible (dédicacé, et en papier bible si possible, c'est plus facile à transporter de mon hamac à la plage). Là, enfin, j'aurai l’occasion de la finir.
Heureusement, personne plus jamais ne me posera cette question stupide. Elle semble être la consécration des écrivains devenus grands. Pourtant, j'en connais peu, très peu, un seul même si je compte bien, à y avoir apporté une réponse intelligente (à mes yeux).
Cet été, à ma fille qui n'a pas encore lu Gustave "Jenesaisquoi", j’ai fourgué, sans honte, toute ma collection de Lévy. Et aussi mes Gavalda. Je n’ai pas trouvé les Musso, je les avais pris à la bibliothèque. Entre ces petites bouchées apéritives, elle a avalé le pavé de Charlotte Brontë et quelques autres broutilles de même envergure, mais tout cela ne l'a pas rassasiée. Il faudra que je retrouve ma collec de James Hadley Chase et ma série d'Isaac Asimov. Qu’elle lise. Tout ce qui lui tombe sous la main. Le journal aussi. Et même Gustave Jenesaisquoi comme elle dit. Je n'ai rien contre. A son âge, l’essentiel est d’amorcer la pompe.
Imposer un contrôle parental ? La critique se forge avec la comparaison. Quant aux sujets tabous, laissons nos enfants apprendre la vie dans les livres plutôt que sur internet. Comparée aux vidéos pornos en ligne, l'écriture même la plus obscène reste de la poésie. A ce propos, n'oublions pas que « la Bovary » était considéré à son époque comme un ouvrage licencieux. « Il avait mis en réserve, sur un rayon obscur, un exemplaire de Madame Bovary, presque neuf acheté au rabais à un collégien qui l’avait peut-être volé. » (Job le Prédestiné- Emile Baumann). Voilà peut-être de quoi aiguiser l'appétit de nos bambins de 3e...
C’est difficile d’être professeur. C’est difficile d’être écrivain. Pour s’en convaincre, je suggère aux professeurs de français, et à tous critiques littéraires, de s’y essayer. Le sujet : Ecrire un roman. Ramassage des copies dans six mois.

12 septembre- Brève de pressoir

Dans mon quotidien régional préféré, je lis une brève étonnante
"Journée vendange.
Toute personne intéressée est invitée à participer à cette journée. Accueil à 7h30 autour d'un petit déjeuner. Cueillette du raisin. A 10h : pause autour d'une collation agrémentée de charcuteries, fromage, pain, vin. Vers 14h, déjeuner convivial. Découverte du processus de vinification, du travail en cave, dégustation de jus de raisin... Prix : 30€ par personne
."
Je me pince, puis calmement je relis l'article. Nulle part il n'est mentionné "Publi-information". Il s'agit donc bien d'une information, qui semble ne pas avoir ému outre mesure les journalistes amenés à la traiter.
Je me pince à nouveau et, prise d'un doute, je vais chercher la fiche de paye obtenue l'an dernier au terme de mes quelques jours de vendanges au merveilleux domaine de Pontet Bagatelle (rien que le nom...). Les cent quarante deux euros et quatre vingt seize centimes (142.96€) inscrits en bas de mon bulletin ont bien été crédités sur mon compte. Et non débités. Les petits-déjeuners ainsi que la collation (charcuteries, fromage, pain, vin, et même fruits), les repas conviviaux et les caisses de vin n'ont pas été déduits de mon salaire. J'ai vraiment eu de la chance.
Les journalistes passent parfois à côté d'informations et de gens exceptionnels. Quand ils auraient pu titrer : " Crise - Un viticulteur invente un nouveau système économique : payer pour travailler ! ", et de développer en 1500 signes, ils se contentent de dix lignes en page locale du journal. Quel gâchis.
Mais sans doute est-ce moi, naïve, qui vois de la nouveauté là où finalement nihil novi sub sole comme dirait l'Ecclésiaste. Car le domaine viticole où se déroule cette journée de bacchanale s'appelle Château... Paradis. Et c'est bien connu, pour gagner son paradis, il faut donner un peu de soi.


vendanges à Pontet bagatelle
Au château Pontet-Bagatelle, j'ai eu de la chance. Pour ramasser le raisin, on m'a payée, et même nourrie. Merci Garry ! Photo CPC.

18 septembre- Etre seule et...

...écouter de la musique.
Regarder des photos.



21 septembre- La leçon d'histoire

Les historiens sont-ils des gens fréquentables ?
La Fabrique de l’histoire diffusée par France Culture vendredi 18 septembre me permet d’en douter.
Les éminents professeurs et docteurs conviés à cette émission ont dit tout le mal qu’ils pensaient d’Apocalypse, documentaire sur la Seconde Guerre mondiale diffusé par France 2, et de l’Armée du crime, dernier film de Robert Guédiguian. Si je résume leurs pensées (?) : trop de  couleurs dans l’un, trop de décors dans l’autre.
Intéressant comme arguments historiques.
J’aime le travail de Guédiguian en général. Et j’ai un faible pour les étrangers hirsutes aux noms imprononçables en particulier. Aussi, j’ai illico pris mon billet pour l’Armée du Crime. Au cinéma, si je ne quitte pas la salle au bout de dix minutes, alors je suis plutôt bon public : je rigole ou je pleure beaucoup. Cette fois, dès le début, j’ai failli mourir de rire… avec la pub d’Ikea.
Ensuite, le film a commencé. Heureusement que Guédiguian a choisi, dans le rôle de Missak Manouchian, Simon Abkarian. Un Arménien, un vrai, avec le nom et la gueule de métèque assortis. Sinon, qu’auraient dit nos amis historiens ?
J’ai entendu des critiques de cinéma dire que ce film manquait d’émotion. C’est donc qu’ils ne se sont sentis aucune accointance avec les héros. Je les plains ; c’est triste de ne pas avoir de famille, et de ne pas savoir ce que cela fait de perdre des proches.
Pour la première fois, j’ai compris ce que voulait dire « devoir de mémoire », ce concept que l’on rabâche aux jeunes dès l'école élémentaire alors que rien que le mot « devoir » doit déjà les assommer. Même à mon âge, j’aime mieux les films didactiques que les commémorations aux monuments aux Morts.
«  Qui se souvient encore des Arméniens ? » avait dit Hitler pour justifier que l’on pouvait massacrer un peuple en toute impunité puisque d’autres l’avaient fait avant lui. C’est la leçon de ce film. Une phrase. A prendre à contre-pied, toujours et partout. Une seule phrase. C’est facile à retenir.